28 Juin 2018

Opinion - "Il faut repenser le lien entre élu et électeur"

Un nombre grandissant de voix s'élèvent pour remettre en question notre système démocratique. La représentation semble à bout de souffle alors que les partisans d'un système plus participatif se font de plus en plus nombreux. Marcel M., jeune diplômé en histoire et sciences politiques, revient sur la différence entre démocratie participative et représentative et nous explique ce qui définit le "mandat politique".

La représentation remise en question


Ces dernières décennies furent marquées par des changements économiques et sociaux qui ont durablement modifié notre rapport au politique. Le lien démocratique apparaît désormais comme fragile et, malgré ça, les récents scandales et dérives d’une minorité d’élus n’ont de cesse de l’éroder. Pour répondre à la crise de la représentation politique, des initiatives naissent partout en Europe ; astucieuses ou liberticides, innovantes ou dépassées, leur succès mérite néanmoins notre attention.


En Italie, le parti sortant victorieux des dernières élections a basé son programme sur un contrôle strict de ses représentants. L’an passé, le mouvement de la République en Marche d’Emmanuel Macron bouscule la présidentielle en ouvrant les portes de l’Assemblée Nationale à la « Société Civile », appelant à la déprofessionnalisation de la politique. De manière générale, on observe l’émergence de nombreuses initiatives cherchant à promouvoir une démocratie plus participative. Que l’on perçoive ces réponses comme un vent nouveau ou simplement de la poudre aux yeux, les racines sont bien réelles : la représentation politique traditionnelle est à bout de souffle.

Un produit du siècle des Lumières


Le mandat représentatif tel qu’il existe aujourd’hui est le résultat d’une longue histoire et, comme bien souvent en philosophie politique, il faut en revenir au siècle des Lumières pour cerner l’origine de ce débat. à une époque où les grands intellectuels français s’émerveillent des vertus de la démocratie représentative anglaise, Jean Jacques Rousseau écrit : « Le peuple anglais pense être libre, il se trompe fort ; il ne l’est que durant l’élection des membres du parlement : sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. ». Le mandat représentatif réduirait l’exercice de notre citoyenneté à l’élection. Si représentation il doit-y-avoir, elle doit passer par un mandat impératif, c’est-à-dire une application pure et simple de la volonté générale; ni plus, ni moins. Au risque de voir son mandat révoqué à tout instant.


Néanmoins, la représentation telle que nous la connaissons aujourd’hui a pris un tout autre tournant au cours de notre histoire. Inspirée par des penseurs comme Tocqueville et Stuart Mill, la démocratie libérale se fonde sur une distance nécessaire entre le peuple et l’exercice du pouvoir. Perçu comme démagogique et liberticide pour le représentant, le mandat impératif est désormais interdit dans de nombreuses constitutions, dont la nôtre. Selon la loi, un élu représente le corps démocratique tout entier, c’est-à-dire qu’il ne se charge pas exclusivement de défendre l’intérêt d’une circonscription ou d’un électorat particulier qui l’a amené au pouvoir. Et c’est tant mieux, car une bonne représentation n’est pas synonyme d’une parfaite soumission à la volonté des citoyens. Dans un discours à l’Assemblée Nationale, l’écrivain français Lamartine rappelle que si le peuple est incorruptible, il n’en est pas moins capable de se tromper. Pour rappel la Suisse, pays connu pour sa culture du référendum, attendit 1971 avant d’accorder le droit de vote aux femmes. A titre de comparaison, l’Afghanistan et l’Iran votèrent le suffrage universel seulement trois années plus

Le mandat politique, un mandat « souple »


Dans nos démocraties dites libérales, l’élection forme l’instant charnière lors duquel le citoyen fait usage de ses droits politiques pour confier à la personne de son choix la représentation de ses intérêts. On parle alors de mandat politique. Par ce geste de délégation, une médiation s’établit entre l’électeur et l’élu sous la forme d’un contrat moral.


Ce dernier s’applique toutefois avec une certaine souplesse car la fonction politique ne se limite pas au strict exercice de l’application de la volonté populaire. L’opinion populaire fluctue, les informations qu’il perçoit ne peuvent être parfaites et surtout le mandataire est une personne à part entière avec ses idées et opinions propres. Ainsi, la plus grande qualité de ce lien, sa souplesse, est également à l’origine de ses dérives : souci de transparence, éthique de la rémunération du mandataire, déconnexion radicale entre l’opinion de l’électeur et les décisions politiques… 

Comprendre pour se poser les bonnes questions


Ainsi, un régime politique qui s’efforce de respecter l’opinion de ses citoyens présente des vertus, mais limiter la politique à l’expression de la volonté populaire n’a rien de vertueux. Il nous faut comprendre ce qui différencie le mandat représentatif du mandat impératif. Non pas pour remplacer arbitrairement un mandat présentant des faiblesses par un autre tout aussi contestable, voire même dangereux pour nos libertés. Mais pour repenser les cadres de la représentation, socialement construits, que rien ne nous empêche de revoir. Prendre conscience que le modèle représentatif actuel est le fruit d’un choix nous permet de nous poser les bonnes questions :


Jusqu’où devrais-je pouvoir contrôler la conduite morale de nos représentants ?


Pourquoi dois-je attendre les prochaines élections pour sanctionner un élu s’étant octroyé des milliers d’euros de cachets de présence au sein d’une entreprise publique ?


Comment faire en sorte que ma voix soit écoutée par ceux qui prétendent vouloir me représenter ?


Et à l’inverse, comment puis-je opérer un choix répondant concrètement à mes attentes si je ne connais pas leurs préférences ?


 


-    Marcel M., étudiant en histoire et sciences politiques    - 

Maude, Sacha et Cédric Henet, Fondateurs de MYOC

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